Braguette ouverte
Hier soir lorsque je suis montée dans le métro, j’étais si fatiguée après ma longue journée de boulot, que je me suis assise sur le strapontin juste à côté de la porte. Je n’avais pas la force d’aller plus loin. En fait, j’étais là sans être là, je regardais droit devant moi avec qu’une seule idée en tête : me coucher!
Soudain, alors que je sentais que j’allais m’endormir, j’ai entendu une petite voix dans ma tête
Eh ma grande! Regardes un peu le pantalon du gars qui est devant toi !
Alors j’ai levé les yeux sur l’entrejambe du monsieur qui se tenait debout en face de moi. Sa chemise bleue baillait par la braguette de son pantalon, et pas qu’un peu. C’était si surprenant, que pour le coup je n’avais plus envie de dormir.
C’est con pour toi me suis-je alors dit
Ma curiosité m’a poussé à l’inspecter plus attentivement pour voir à quoi pouvait ressembler un type qui se baladait comme ça. Il portait de très belles chaussures vernies, un beau costume de marque, et une belle cravate en soie assortie à sa chemise. Dans une main, il tenait fermement une grosse sacoche, alors qu’au poignet de l’autre je voyais une grosse montre. Son visage était halé et plutôt juvénile. La mâchoire serrée il regardait droit devant lui.
Bref, c’était un élégant jeune cadre dynamique qui en veut à un détail prêt : sa braguette était grande ouverte.
C’est assez drôle de l’imaginer en rendez-vous, … J’arrête mon petit délire, ce n’était pas bien de se moquer des autres
Qu’es-ce que je fais : je lui dis ou pas ? Oui, non, bof ?
J’ai hésité un petit moment. J’ai regardé tout autour de moi, et visiblement j’étais la seule à avoir constaté le problème à moins que tout le monde s’en moquait. Finalement, je me suis levée pour aller lui signaler discrètement cette grosse faute de goût !
Au dernier moment, alors que je me tenais juste devant lui et que je m’apprêtais à dire quelque chose, aucun mot n’est sorti de ma bouche. Alors en un éclair de seconde j’ai pris les choses en main.
D’une main j’ai attrapé son pantalon, de l’autre sa fermeture éclaire, et d’un geste assuré … ziiiiiip … je l’ai remonté comme si de rien n’était après avoir pris soin de bien remettre la chemise en place.
Le mec m’a alors regardé avec de grands yeux ébahis je ne vous raconte pas ! Et son teint a viré quasi instantanément au rouge écarlate. Un petit sourire de ma part, et je me suis penchée discrètement à son oreille pour lui murmurer un truc du genre
Votre braguette était grande ouverte, je vous ai arrangé ça
Machinalement, sa main est allée voir ça de plus prêt, j’ai esquissé un petit sourire. Quand il a relevé la tête vers moi, je lui ai fait un petit clin d’œil complice. Lui ayant brillamment sauvé la vie, je m’apprêtais à aller m’asseoir. C’est le moment qu’à choisi la femme qui était a côté de lui pour m’interpeller.
Il ne faut pas vous gêner ! C’est mon mari que vous êtes entrain de tripoter
Elle s’est alors retournée vers lui
Et toi tu ne dis rien ! Et elle lui a donné un coup de poing sur le bras. Elle te tripotte et toi tu ne dis rien !
Et elle a commencé à lui crier dessus dans le métro – le pauvre. Et moi qui avais fait ça dans un souci de discrétion, et bien c’était raté ! La moitié des gens s’étaient retournée et nous dévisageaient dans un grand silence :
J’ai ressenti cela comme un grand moment de solitude
Il fallait l’entendre l’autre hystérique débiter toutes ses bêtises sur moi, s’en était fini de ma réputation. Alors j’ai jeté un coup d’œil circulaire pour voir si je croisais du regard des gens que je connaissais. Coup de chance, je n’ai reconnu personne.
Malgré le flot de paroles de sa copine, le gars a réussi à balbutier une explication qui a à peine calmé son amie. Heureusement le métro est arrivé à quai, et ils sont partis : la fille m’a alors fusillé du regard. La honte !
Je suis retournée m’asseoir là où j’étais avant qu’il me prenne l’idée de fermer cette braguette ouverte. Et comme je n’osais plus regarder les gens, je regardais dehors à travers la vitre – je ne savais plus où me mettre. J’avais plus qu’une idée en tête, sortir de ce fichu métro.
Dans le reflet de la vitre, j’ai commencé à voir un mec, jeune lui aussi, qui se tenait en face de moi dans une drôle de posture. Je me suis tournée pour le voir.
C’était trop, me voilà prise d’un fou rire bien involontaire. Il me regardait tout content de lui, les bras sur les hanches, avec lui aussi la braguette grande ouverte – Le con !
Pour votre gouverne, personne ne se retourne sur une fille qui rigole bêtement toute seule – c’est bon à savoir!
Et puis » zut » me suis-je dis
Approchez vous, vous avez un problème !
Le mec ne s’est pas fait prier. Il s’est planté devant moi. D’un rapide coup d’œil, j’ai su que la tâche allait être plus délicate, car il fallait que je le boutonne. La vieille dame assise à ma droite s’est tournée pour ne pas voir ce que j’allais faire. Avant de me plonger dans ces boutons, j’ai croisé le regard du jeune homme et nous avons eu un petit sourire complice.
Je n’ose même pas imaginer l’image que nous donnions à ceux qui nous regardaient. C’était certainement très équivoque pour quelqu’un qui n’avait pas suivi l’affaire ! De toute façon, au point ou j’en étais, je m’en fichais royalement !
J’ai quand même mis une bonne minute à le reboutonner (les boutons étaient justes). Quand j’ai eu fini, je me suis relevée car je sortais au prochain arrêt. Le mec m’a pris en sandwich entre le strapontin et lui.
- On pourrait peut-être faire plus ample connaissance mademoiselle ?
- Je pense que les présentations ont été faites, non ? Excusez moi, je dois descendre.
Il m’a laissé passer sans histoire, et je me suis éloignée du métro toute contente de moi. J’ai alors entendu le gars me crier son numéro de téléphone – que je n’ai pas retenu – en me demandant de le rappeler ! En guise de réponse, il a eu un petit geste de la main d’une jeune femme toute émoustillée.

